Pentes Douces, entre gris clair et gris foncé



Les dés sont jetés. Alea jacta est. Kostky jsou vrženy, comme on dit en tchèque. Miracle de la mondialisation (ou symbole d’une certaine tristesse), nous avons donc imprimé Pentes Douces en République tchèque, dans un charmant patelin à 60km au sud de Prague, Příbram. Rapport qualité/prix, on frôle le miracle. C’est tellement dommage pour l’imprimerie française…

J’ai donc pris l’avion pour assister au calage des plaques, pour superviser l’impression. Hier à 9h, la première planche en 4 couleurs de la couverture est sortie de presse. Impeccable, rien à redire. L’immense bâtiment, en pleine campagne, ressemble beaucoup à ceux que j’ai pu connaître à Beyrouth. Même odeurs, même sons, même machine. Cette fameuse Heidelberg qui ressemble à une longue péniche. Je suis accompagné de Štěpánka, parfaitement francophone, qui assurera la traduction pendant tout le processus. Autant à Beyrouth j’assurais en arabe avec les ouvriers de Choueifat chez Dots pour corriger les couleurs, autant là, j’avoue, je suis une bille en tchèque (j’ai juste appris à dire ‘merci’). Et personne ici ne parle l’anglais. Mais absolument personne.

Après la couverture, les premières pages intérieures sortent. Nous imprimons les 224 pages en bichromie (mélange de noir et d’un Pantone gris). Ces pages ne me plaisent pas, je demande à rajouter un peu de noir. Nouvel essai. Bon résultat, homogène sur l’ensemble de la planche. Nous sommes partis sur cette base pour tout le reste des folios intérieurs. Tout au long de la journée, j’ai fait des allers-retours entre un salon confortable et l’atelier. Pizza et café à volonté. Au détour du couloir que j’ai arpenté 20 fois, un bureau était ouvert. Sur un mur, 2 cartes de la région et un calendrier avec une demoiselle dénudée. C’est sûr, ce n’est pas au Liban que j’aurais pu voir ça, il n'y a pas de larges rivières sur les cartes là-bas. Tout au long de la journée, j’ai donc signé les différents planches, vérifiant les aplats de noir et de gris, demandant à retirer une planche à cause de griffures sur une photo… Au final, je suis satisfait du résultat. Ça fait toujours quelque chose quand on voit son bébé en train de naître…

Au moment de repartir vers Prague pour prendre mon avion, Štěpánka me donne une partie des folios pliés et découpés, ainsi qu’une chute de la couverture. L’encre n’est pas sèche, un peu odorante, elle me colle aux doigts. Dans la voiture, je les pose sur mes genoux. Je les regarde, un peu ému, grave excité. Il manque encore le pelliculage mat sur la couverture, mais putain, ça en jette! Le même chauffeur qu’à l’aller démarre en trombe, on traverse Příbram, puis direction autoroute. Il fait un temps magnifique. Il ne parle pas plus anglais que la veille. Mais dans une de ses phrases, levant le doigt et le regard vers le ciel, je comprends le dernier mot: azoura. Oui, en ce jour de mai 2017, le ciel était bel et bien bleu dans ma vie.

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