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Bonnet brun et brun bonnet



après la colonisation, la peste brune

«On n'a jamais essayé.» Malheureusement si.

 

Je suis un obsédé. Un obsédé de l’écriture de l’Histoire, de ses failles et de ses ratés. Je viens de prendre conscience de ça. Cette écriture-la est au centre de la mienne depuis longtemps maintenant.

 

Ça a commencé en 1996 quand j’ai travaillé sur mon premier roman (jamais publié), intitulé "Dans la nuit du 23 au 27". Ça a continué avec le recueil de nouvelles illustrées paru en 2011 chez Amers Éditions, "Beyrouth sur écoute". Plus récemment, avec le roman "Mustapha s'en va-t-en guerre" (Riveneuve 2021) et très bientôt, avec son spin-off à sortir le 29 août 2024, "Sans nouvelles depuis Drancy" (toujours chez Riveneuve). Et ce sera aussi le cas pour le prochain en 2025, un roman noir se déroulant à Beyrouth, ma ville de cœur.

 

Dans les deux romans historiques autour de mon histoire familiale paternelle, j'interroge à la fois l'écriture de la grande Histoire, mais aussi les récits familiaux et intimes. Souvent écrits maladroitement et assez éloignés de la réalité (selon moi). Dans ces deux romans, j'expose les faits et ce qu'ont produit réellement l'Histoire et la politique française : la colonisation de l’Afrique, la collaboration à l’occupant nazi, la Guerre d’Algérie, pour ne citer qu’elles. Pas de quoi être très fiers en tout cas.

 

À travers ces deux romans – très intimes donc –, je dessine une Histoire écrite mais incomplète, une Histoire que certains voudraient effacer. On en voit l’éclatante illustration aujourd’hui. Le ripolinage du Front national en Rassemblement national n'y changera rien. L’ADN de ce parti (ndlr : qui n’a pas été fondé par Jean-Marie Le Pen, note pour mes chers amis journalistes) est profondément fasciste et xénophobe. Ancré dans la vision de l'OAS, et alimenté par l'insondable rancœur de cette France qui a perdu l’Algérie (et qui a perdu toutes les guerres depuis 1870). Mais je le comprends, c’est facile d’être séduit quand on est un «petit blanc» qui se sent abandonné et déclassé, en ville comme en campagne.

 

Oui, je suis obsédé par l’écriture de l’Histoire, et par la transmission de ce message. C’est peut-être pour cela que j’ai passé 7 ans de ma vie à travailler sur les histoires de la famille de mon père. Pour montrer que rien n’est jamais acquis. Que les pestes brunes peuvent revenir. Aujourd'hui, ces histoires m'obligent. Elles m'obligent à sortir de mes gonds.


Que ce soit dans mes écrits ou dans les ateliers d’écriture que j’anime dans les collèges et les lycées, je tiens à montrer ce que nous enseigne l’Histoire : dans "Mustapha" par exemple, le chapitre se déroulant en juillet 1931 au moment de l’Exposition coloniale était pure fiction. Mais il me fallait le raconter. Pour rappeler que la France d’aujourd'hui ne serait pas le pays prospère (si, si) qu’elle est, sans avoir allègrement pillé ses colonies et sans avoir été l’une des plaques tournantes de la traite négrière. Bordeaux, La Rochelle ou Nantes ne seraient pas les jolies villes bourgeoises qu’elles sont sans l’argent amassé grâce à ces crimes contre l’Humanité. Ce serait bien de ne pas perdre de vue cette réalité.

 

Les défenseurs du FN aujourd’hui s’agacent quand on les renvoie à la Seconde Guerre mondiale ou pire, à la colonisation de l'Afrique. Je les comprends. Ça doit être gênant. Leurs seuls arguments sont donc le déni de l’Histoire et l’utilisation de l’actualité. Alors écoutons-les et oublions l’Histoire ancienne, regardons leur programme. Pas de bol, c’est toujours le même depuis que j’ai découvert la personnalité de Le Pen dans les années 80 : la préférence nationale, la France aux Français, etc. Quoi de plus normal, me direz-vous, de préférer les Gaulois aux étrangers dont on ne sait rien et qui viennent certainement piquer le pain des Français ? C’est écrit noir sur blanc (si je puis dire, n’y voyez pas un commentaire racisé) : le seul projet est de classer les Français selon leurs origines, et c’est abject. Point. Il ne peut pas y avoir de discussion sur ce point, car le curseur sera sans cesse changeant. Il suffit de jeter un œil à ce que disait Vichy : «OK, vous pouvez prendre les juifs étrangers, mais pas les juifs français.» Et puis un jour, on a bougé le curseur, et on a pris les juifs français.


Je n’ai pas envie de cette France-là, appliquée aux musulmans ou à n’importe quelle «catégorie» de citoyens. Il ne peut pas y avoir de négociation ou de compromission sur ce point. Pas plus que sur le droit du sol (qui existe depuis 500 ans) ou sur les binationaux (dont auraient pu faire partie mes filles si le Liban leur avait donné la nationalité à leur naissance). Voir aujourd'hui l'Histoire s'inverser et voir cette extrême-droite s'ériger en défenseur des juifs donne la nausée. Diviser, diviser, diviser. Telle est la doctrine de l’extrême-droite. Hier comme aujourd’hui. Et comme demain.

 

Hier soir, je me suis emporté. À 20h, j'ai hurlé, mes émotions ont pris le pas sur ma raison. L’espace de quelques minutes, j’ai vu rouge. Ça a probablement impressionné mes filles. J’ai une rage profonde contre cette France qui vote extrême-droite, quelle qu’en soit la raison. Et en particulier contre les jeunes de 20 ans qui – comme tous les jeunes de 20 ans, moi compris quand j’avais cet âge-là – sont persuadés de tout savoir sur la vie et d’avoir tout compris. Je ne peux pas me résoudre à ça, et je continuerai mon travail de transmission. Sans hurler, sans m’emporter, je l’espère. Pour convaincre. Le danger est trop grand.

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