En attendant Jean-Paul



Un drôle de dimanche. C’est arrivé par un soir de printemps comme ça aurait pu arriver par un beau matin d’été, dans les escaliers descendant aux salles 14 & 15 du cinéma des Halles. J’ai croisé le regard de Belmondo, gants aux poings, dans cette photographie de Luc Tournol de 1960. J’allais voir A Perfect Day (que je conseille plus que vivement, énorme film) avec le magnifique duo formé de ce tendre voyou de Benicio Del Toro et de l’incorrigible Tim Robbins. Il y avait du monde. Beaucoup de monde. Week-end férié oblige. Je scrutai les gens, je me demandai si certains pensaient à la même chose que moi. A la possibilité d’une bombe. Une peur s’était abattue sur la ville, je me demandais si nous avions plus qu’une chance sur deux de ne pas croiser la route de ces misérables morfalous de mes couilles. Peut-être, peut-être pas. Je te les enfermerais à double tour moi, je trouverais bien un ou deux moyens pas catholiques pour leur faire passer l’envie de faire les guignolos. J’étais à bout de souffle, j’avais couru comme un dératé pour ne pas rater la dernière séance, comme si j’étais le gibier d’une chasse à l’homme. Cela m’était déjà arrivé plusieurs fois de venir dans le coin, je savais qu’il y avait un portrait de l’animal quelque part sur les murs rouges de ces lieux. Nos regards se sont croisés. Il me fixa. Il semblait vouloir me dire quelque chose comme «Bon alors coco, qu’est-ce que tu attends pour casser la baraque?» Ho! C’était pas la mer à boire, mais quand même! Sur le moment, j’eus le cœur gros comme ça: Belmondo me parlait. A moi. Je l’avais sur le bout des doigts, cette histoire avec lui. J’avais envie de faire le hold-up du siècle avec elle, de partir me faire rôtir avec cent mille dollars au soleil. Mais j'étais comme tout le monde: j’avais surtout peur d’avoir la scoumoune, de glisser sur une peau de banane, de prendre les mauvais chemins. Des sons me tirèrent de ma rêverie et me mirent la puce à l’oreille. Belmondo, le boxeur, dans son cadre, ne m’avait pas parlé. A ma droite, des doigts gras piochaient du maïs transgénique dans d’immenses gobelets en carton. A ma gauche, un homme cachant sa calvitie sous un élégant borsalino dissertait sur Itinéraire d’un enfant gâté et sur Un homme qui me plaît, passant d’un film à l’autre. Et moi, solitaire, je me sentais finalement bien marginal, perdu dans cette foule de Parisiens qui n’attendaient qu’une chose: s’abandonner à leurs distractions et oublier les kilos avalés de ce chocolat tant désiré.

Bon allez, sur ce, comme j’ai encore quelques heures pour le faire, je vous souhaite de joyeuses Pâques*.

* Non pas que je m’inscrive dans le délire collectif comme je le vois depuis deux jours sur Facebook, genre hallelujah Bob a ressuscité… Non mais sérieusement les gars, il vous sert à quoi le cerveau entre vos deux oreilles? Bref, fallait bien que je le case aussi ce titre-là. Tiens d'ailleurs, combien de titres de film avec Belmondo retrouverez-vous dans ce post? Hein?

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